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Les débuts

La petite histoire de l'Enseignement Industriel aux Ecaussinnes pour une grande évolution.

En ce milieu du 14ème siècle, l'extraction de la pierre est une industrie florissante. La concentration des exploitations a favorisé la mécanisation du travail et l'utilisation de moyens de transport modernes (chemin de fer, gare d'Ecaussinnes-Carrières). Toutes ces transformations vont entraîner un accroissement de production et exiger une main-d'oeuvre en plus grand nombre mais aussi davantage qualifiée. D'où, la nécessité de former des travailleurs de la pierre compétents.

Cette formation s'effectuait de 3 façons:

  1. Depuis au moins le 13e siècle - sur le tas - c'est-à-dire dans le milieu familial sous la conduite d'un parent lui-même tailleur de pierre, maître de carrière ou sculpteur monumentaliste, d'où des familles aussi anciennes que les Casterman, Mary, Van Reck, Bottemane ... dont les généalogies ont été publiées.
  2. Les baraques ou ateliers d'apprentissage qui sont nombreux au 14e siècle finissant car les maîtres de carrière les plus dynamiques tiennent à former eux-mêmes leurs cadres et leurs ouvriers spécialisés. Ces ateliers sont souvent liés à la carrière elle-même, mais comme la plupart de ces maîtres de carrière sont aussi des notables qui occupent sur le plan communal des fonctions dirigeantes (bourgmestre, échevins, conseillers), on en arrivera assez vite à ce qu'ils proposent la prise en charge par l'autorité communale elle-même d'écoles spécialisées qui porteront le nom de:
  3. Les écoles Industrielles:

 Comment devient-on tailleur de pierre aux Ecaussinnes ?

Avant 1914, les garçons ayant fait leur communion solennelle (environ 12 ans) sont pour la plupart orientés vers la profession de tailleur de pierre. En effet, la population, ouvrière en majorité, travaille dans les carrières locales. Dès son plus jeune âge, le gamin jouait sur les tiennes et accompagnait son père à la carrière. Durant les vacances scolaires, celui-ci apprenait à son fils les rudiments du métier. A 12 ans, le fiston entrait souvent sur présentation de son père au patron dans la carrière où celui-ci travaillait. Là, sous la conduite d'un tailleur chevronné, il apprenait à se servir des outils traditionnels. La formation était jugée terminée lorsque comme apprenti, il était capable de fournir une WIGLEMME (plaquette de pierre). Cette wiglemme réclamait, en effet, l'utilisation de tous les outils et constituait donc son examen d'aptitude. Puis, il pouvait commencer à réaliser des marches, des bornes et enfin des seuils et - le nec plus ultra - des pierres moulurées. Après 3 ans, l'apprenti pouvait enfin être considéré comme un vrai tailleur de pierre, métier qu'il pouvait exercer souvent jusqu'à l'âge de 70 ans car l'âge de la retraite n'existait pas.

 Quand exerçait-on ce métier ?

De façon saisonnière, ce qui explique que beaucoup d'entre eux possédaient des terres à cultiver ou exerçaient aussi un métier (cabaretiers notamment). En hiver, la demande en pierre était plus faible, et nos braves tailleurs de pierre étaient en chômage technique.

Les baraques ou ateliers d'apprentissage:

Leur création, loin d'entretenir l'enthousiasme que l'on pouvait croire entraînera une violente hostilité de la part des ouvriers carriers pères de famille - soit parce qu'on avait toujours fait comme ça ! - soit par refus de voir les patrons réglementer l'accès à la profession. En séance du 18 avril 1872, le Conseil communal d'Ecaussinnes-d'Enghien "considérant que bon nombre de pères de famille détournent leurs enfants de la profession de tailleur de pierre autrefois si respectée, à cause des habitudes d'ivrognerie qu'ils contractent aux carrières au contact d'hommes vicieux" Décide sur approbation de l'autorité supérieure de créer en cette commune une école professionnelle et d'industrie pour l'enseignement du dessin, de l'architecture, de la géométrie, du modelage, de la coupe et de la taille de pierre.

Désormais, les maîtres de carrière s'engageraient à ne plus admettre chez eux des apprentis qui n'auraient pas d'abord fréquenté cette école. Ainsi donc, en 1873, une Commission communale fut chargée d'administrer une école de dessin et des ateliers d'apprentissage (en joignant théorie et pratique).

L'école de dessin:

Aimé DASCOTTE en fut le premier directeur en 1873 au traitement de 1800 FB. Il était assisté de plusieurs professeurs de dessin comme Jules TOURNAY, Emile DUBOIS professeur de taille de la pierre. En 1876, viendront se joindre M. BASEQUE professeur de dessin, puis Auguste GEORGERY, Jules HAUTIER, Louis MICHAUX...

Cette école était subsidiée par la Province à raison de 20% de son budget et par l'Etat à raison de 25%. Hélas, peu d'apprentis suivent les cours car ceux-ci étaient donnés le soir. La majorité des élèves étaient des menuisiers, des employés, des mécaniciens ou des chaudronniers. Les cours étaient dispensés à 4 niveaux: 2 ans d'enseignement préparatoire, 4 ans d'enseignement moyen et 4 années pour le degré supérieur ou 3 années pour l'enseignement du modelage. Le droit d'inscription était de 2 F pour les Ecaussinnois et 3 F pour les autres.

C'est pourquoi, la majorité d'entre eux se contentait d'un enseignement pratique dans:

Les ateliers d'apprentissage:

Né en 1873 par la volonté communale, un premier atelier d'apprentissage subsidié par la commune et très modeste voit le jour au quartier central. Il n'accueillait que 25 à 40 élèves par an à qui on ne confiait que des travaux simples et très ordinaires comme des seuils et des plinthes. Cet atelier vivotait, les pierres travaillées par les élèves n'avaient pas la cote d'amour bien que le contremaître nommé par l'Administration communale soit un homme compétent. Ne répondant pas aux desiderata des employeurs et des employés, cet atelier communal fut fermé en 1888. Sa réorganisation s'imposait sur de nouvelles bases. En 1900 lors de la reprise des cours, chaque carrière se trouve dotée d'un atelier d'apprentissage bien que dès 1890 certaines d'entre elles en avaient déjà.

Nombre d'élèves inscrits dans les ateliers d'Ecaussinnes :

  • 1890-91 5 ateliers ? élèves
  • 1891-92 6 ateliers 109 élèves
  • 1892-93 7 ateliers 148 élèves
  • 1893-94 10 ateliers 218 élèves
  • 1894-95 11 ateliers 254 élèves
  • 1895-96 11 ateliers 265 élèves
  • 1896-97 12 ateliers 274 élèves
  • 1897-98 11 ateliers 254 élèves
  • 1898-99 13 ateliers 247 élèves
  • 1899-1900 13 ateliers 305 élèves
  • 1900-01 14 ateliers 313 élèves

Rapport sur la situation des écoles industrielles en Hainaut 1890-1900.

Ces ateliers d'apprentissage furent l'objet de vives critiques de la part du parti socialiste (P.O.B.) en particulier dans la circulaire de propagande socialiste des Ecaussinnes - En avant - sous la plume d'Ernest Martel en mars 1911. Le grief principal et réel avancé était le fait que la commission administrative chargée de réglementer ces écoles d'apprentissage n'était composée que de patrons, d'employés et d'un ingénieur. Aucun ouvrier n'en faisait partie et le père de famille perdait la liberté d'enseigner lui-même son métier à son fils. Plutôt que d'accepter des représentants ouvriers, les patrons écaussinnois préférèrent perdre le subside provincial et laissèrent lentement crouler l'enseignement qu'eux-mêmes avaient créé. C'est ainsi qu'en 1926 l'atelier de Thiarmont fut supprimé. Celui des carrières Yernaux disparut en avril 1930 ; en 1931 il n'en restait plus que deux avec seulement 28 apprentis.

Le journal - La Sennette - du 14 janvier 1910 nous apprend la transformation de l'école de dessin en école industrielle.

Quelques grands noms sont liés à l'histoire de cette école :

Félicien YERNAUX (1854-1943):

Maître de carrière et fondateur de l'Ecole Industrielle d'Ecaussinnes de 1910 à 1933.

Ernest MARTEL (1880-1937):

Bourgmestre d'Ecaussinnes-d'Enghien de 1921 à 1929, député permanent de la Province de Hainaut, secrétaire national de la Centrale de la Pierre, président de la commission administrative de l'Ecole Industrielle en 1933 ; succédant à ce poste à Félicien Yernaux. Le journal - La Sennette - du 9 mai 1937 nous apprend que les 2 bustes en pierre bleue qui les représentent tous les deux et qui ornent encore aujourd'hui la cour d'entrée de cette école ainsi que la jolie fontaine qu'on y a jadis installée ont été exécutés par les élèves du cours de sculpture de cette école. Ces bustes furent inaugurés quelque temps plus tard. D'autres pierres sculptées sorties de cette école ont été mises en valeur dans la cour de l'ancienne école maternelle rue J. Boulle où se trouve le musée de la vie locale que nous vous invitons à visiter.

Parmi les professeurs éminents de l'Ecole Industrielle, nous n'en citerons qu'un seul :

Hector BROGNON (1888-1977):

Cet excellent sculpteur aborda tous les genres (bustes, monuments aux morts, statues religieuses, décorations en pierre bleue, monuments funéraires…). On lui doit notamment le monument aux morts d'Ecaussinnes-d'Enghien ( - l'ultime sacrifice - sur la Grand-Place) d'Ecaussinnes-Lalaing (place des Martyrs), le buste de Léon MABILLE (bourgmestre du Roeulx), le monument du berger Joseph JACQUES au cimetière de Marche, le monument funéraire d'Ernest MARTEL au cimetière d'Ecaussinnes-d'Enghien, etc.

Si l'Ecole Industrielle et Commerciale a incontestablement acquis ses lettres de noblesse dans le prolongement de la révolution industrielle, elle s'est résolument tournée vers le secteur tertiaire - des services - au cours du dernier quart de siècle. Il faut, en effet, malheureusement se faire une raison : l'emploi industriel - les carrières en tête - a désormais presque totalement déserté notre région. L'établissement qui, de longue date, a toujours eu vocation d'école au service de l'emploi s'est dès lors, vers le milieu des années 1970, fort logiquement orienté vers les formations à destination des emplois de bureau. Une première étape fut franchie à la fin des années 70 par la mise sur pied de formations courtes (en une année) telles que travaux de bureau, dactylographie, sténographie ou encore connaissances de gestion (l'accès au registre de commerce). Quelques années plus tard, soit dès 1984, l'accent fut mis sur l'accès aux métiers de l'informatique (initiation, sensibilisation, programmation et analyse).

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